Dunod - Les dix plaies d'Internet - Dominique Maniez - Le fantasme de la totalité - page 8
N’oubliez pas non plus que Google n’indexe que les pages vers lesquelles pointe un lien. Si vous savez créer des pages Web, vous pouvez faire un test très simple : mettez en ligne une page Web vers laquelle ne pointe aucun lien. Même si votre site Web est référencé sur Google, vous verrez que cette page Web isolée ne sera jamais indexée par Google. Si l’on ajoute à cela le fait que la plupart des utilisateurs de Google ne vont pas au-delà de la première page de résultats qui n’affiche par défaut qu’une dizaine de références, on se rend compte que l’on dispose en réalité d’une vision très partielle de la réalité du Web. Le fantasme de la totalité en prend un coup et c’est très bien comme cela. Messieurs les censeurs ! Il est cependant encore quelque chose de bien plus grave que le fait que Google n’indexe pas la totalité du Web : il s’agit de la censure qu’exerce Google dans certains pays. Dans une page Web du site de Google1 qui a aujourd’hui disparu et que l’on ne retrouve plus dans le cache du moteur de recherche (mais que l’on pourra facilement consulter sur le site du projet Internet Archive, à l’adresse www.archive.org, grâce à l’outil WaybackMachine), on obtenait la réponse suivante à la question « La société Google censure-t-elle les résultats de recherche ? » : « La politique de Google est de ne pas censurer les résultats de recherche. Cependant, en réponse aux lois, aux réglementations ou aux politiques locales, nous devons parfois le faire. Lorsque nous retirons des résultats de recherche pour ces raisons, nous affichons une note sur nos pages de résultat ». Nous sommes ravis d’apprendre que dans certains cas Google respecte la loi, mais vraiment navrés de constater que Larry et Sergey aient dû faire des concessions ; cela ne doit vraiment pas être facile de sacrifier un bel idéal et on doit avoir de véritables problèmes de conscience. Mais face à l’ampleur que représente le marché chinois et face à toutes les promesses de revenus qu’il peut faire miroiter, on comprend aisément que les scrupules s’envolent vite. En effet, pourquoi se priver de cette manne financière ? Est-ce que cela est vraiment important si les internautes chinois ne peuvent pas accéder aux pages Web relatant certains événements qui se sont déroulés sur la place Tienanmen ou bien ont du mal à trouver des informations sur le Tibet ? En juin 20062, Sergey Brin a bien dû reconnaître que la version chinoise du moteur de recherche était filtrée et même si les autres moteurs de recherche 1. http://www.google.fr/support/bin/answer.py?answer=17795&ctx=sibling 2. http://www.zdnet.fr/actualites/internet/0,39020774,39355738,00.htm